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We Need to Talk about Kevin
Année : 2011
Réalisateur : Lynne Ramsay
Interprètes : Tilda Swinton, John C. Reilly, Ezra Miller
Éditeur : Diaphana
BD : DVD-9, 107', zone 2
Genre : drame, couleurs
Interdiction : - de 12 ans

Sortie : 01/02/12
Prix indicatif : 19,99 €

Format image
• 2.35
• SD 576i (Mpeg2)
• 16/9 compatible 4/3
Bande-son
• Français Dolby Digital 5.1
• Français Dolby Digital 2.0
• Anglais Dolby Digital 5.1
• Français Dolby Digital 2.0
À peine sorti du ventre de sa mère, Eva (Tilda Swinton), Kevin a crié. Et n’a jamais cessé depuis. Pourquoi ? Parce que celle‑ci ne le désirait que du bout du cœur ? Parce qu’un jour elle a craqué, et cassé involontairement le bras de son jeune rejeton ?

Troisième film de la photographe écossaise Lynn Ramsay, et adapté du roman éponyme de Lionel Shriver (auteure et journaliste américaine, comme son nom ne l'indique pas), We Need to Talk about Kevin fut l’une des révélations du dernier Festival de Cannes. Puissant, troublant, visuellement impeccable, We Need to Talk about Kevin, c’est du Haneke moins la lourdeur démonstrative et la morale de maton, ou l’envers organique et terrien de l’Elephant de Gus Van Sant, mais filmé du point de vue d’un parent, en l’occurrence Eva (Tilda Swinton), qui, cheveux courts et visage creusé, fixe d’un œil hébété son fils, en prison, auteur d’un crime que l’on imagine irréparable. Quoi ? Pourquoi ? Comment ?

We Need to Talk about Kevin cale donc son pas sur le point de vue d’une mère qui assiste à la naissance de Kevin, enfant peu aimable qu’elle prend d’abord pour un autiste, avant de comprendre qu’un frisson malin court sur l’échine de ce fils littéralement impénétrable. Au fil des années et des métamorphoses physiques de Kevin, au fil des petites lâchetés d’un père dépassé (John C. Reilly) qui fabrique l’illusion d’une famille (forcément) unie à coups de déni, Eva sent venir la catastrophe, mutilplie les signes d’un amour maternel venu sans doute trop tard, mais rien n’y fait. Comme l’écrirait Rosset : ce Mal‑là est idiot, inaltérable, déterminé.

Manipulateur, rétif à toute forme d’affection, sadique et froid comme un concombre, Kevin pourrait être le cousin lointain de tous ces enfants monstres dont le cinéma d’horreur abonde, de Mauvaise graine de Mervin Leroy à Damien en passant par L’autre et le récent Esther. Mais l’hypothèse fantastique n’intéresse pas Ramsay. Ici, pas de puissance supérieure téléguidant le bambin à son corps défendant et restaurant en bout de course le principe de l’innocence enfantine. Son film traque plutôt un Mal bien réel et ordinaire, une horreur domestique sans mobile apparent qui va crescendo, jusqu’à un drame sur lequel le film, construit en flash‑back, lève d’emblée mais partiellement le voile.

Passé un premier quart d’heure plastiquement parfait mais un rien trop arty (des images signes extraites de trois époques différentes se succèdent sans que nous puissions encore leur donner un sens), We Need to Talk about Kevin tresse son récit sur trois temps : le moment édénique d’avant la naissance de Kevin et ces images fugaces, presque oniriques, d’un couple s’enlaçant sous la pluie ; la lente désintégration d’une famille soumise à la monstruosité de l’un des siens ; et puis l’après, cette mère dévastée, seule, régulièrement humiliée par les habitants de sa bourgade, survivante solitaire à l’intérieur d'une maison régulièrement maculée de peinture rouge (couleur dominante du film), signe d’une tragédie que rien ne pourra effacer.

La fascination que suscite We Need to Talk about Kevin tient en partie sur la volonté de Ramsay de ne jamais statuer sur ce Mal intérieur et d’écarter, l’air de rien, toutes les lectures d’usage (Kevin est‑il la réponse catastrophe à une mère qui, au fond, rêvait d’une autre vie ? Le produit d’un dérèglement social ? La métaphore d’une jeunesse déboussolée ?), pour se concentrer sur l’impensable : parfois et dans le meilleur des mondes (la famille ?), le Mal « est », tout simplement. « Quel est le but ? », demande un jour Eva à son fils. « Le but ? C’est qu’il n’y en a pas », lui répond calmement ce dernier.
Jean-Baptiste Thoret - Publié le 20/02/12
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Liste des bonus
- Entretiens avec l'équipe autour de la psychologie de tous les membres de cette famille (19')

Commentaire
Tilda Swinton, John C. Reilly, Ezra Miller et la réalisatrice analysent les sentiments profonds de leur personnage respectif. Tilda Swinton met en relief son statut de mère avec celui d'Eva, celle qu'elle incarne à l'écran. Sans doute l'entretien le plus intéressant.

Note bonus : 3/6

Verdict techniqueHaut
Image
Plastiquement plombant et oppressant, le film annonce tout de suite la couleur : ce sera le rouge, conjugué ici à toutes les sauces (tomates, peinture, vêtements, déco…). Un fil conducteur qui en dit long sur l'issue fatale qui attend cette famille, que l'on suit à travers les époques sans sauter bêtement d'une atmosphère à l'autre (un exploit). De la continuité donc, et de l'application. Un DVD solide malgré une légère patine granuleuse, totalement volontaire.

Top image : aucun
Note image : 4/6
Son
Le monde de silence, ou presque. Pauvre en dialogues, tendu et faisant monter la pression peu à peu, le film se fait aussi discret en musique. À noter, des voix légèrement plus présentes en VF. Piste Dolby Digital 2.0 presque suffisante, mais privilégiez bien entendu la VO pour le jeu des comédiens.

Top son : aucun
Note son : 3/6

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